J’aime voir les fora comme des lieux physiques. Des lieux débarrassés du temps : on s’y croise et y bavarde à des heures, des jours d’intervalles. Il y eu un lieu dont j’ai déjà parlé ici ou là, où j’ai fait des rencontres magnifiques, mais aussi des rencontres folles.
On n’y voit pas souvent d’hommes. Le viol sur les hommes est encore plus tabou que celui à l’encontre de femmes, et rares sont ceux qui osent s’exprimer. On voit parfois des conjoints, agaçants par leur obsession de relations sexuelles fréquentes et satisfaisantes. Puis, un jour, on a vu un papy. Un gentil papy aux mots tendres qui offrait son soutien et sa gentillesse sans compter. Tu allais mal ? Il était là. Il avait des mots plein de lumière, d’espoir, de jours meilleurs. Un coup de déprime ? Il répondait dans la minute. Il nous envoyait des extraits de livres bienfaisants, d’articles sur l’actualité, des procès, des avancées, des régressions. Il écrivait beaucoup. Chacune de ces réponses ne faisaient jamais rien de moins qu’une centaine de lignes. C’était bon de savoir qu’un gentil papy ne comptait ni son temps ni son énergie pour nous. Pour rien. Gratuitement.
Il en parlait beaucoup, de la gratuité de sa démarche. Il voulait juste nous voir mieux, c’était sa drogue, son mobile, sa raison de se lever le matin. Il était sensible. Il en parlait aussi, de sa sensibilité. Qu’on pleure et il pleurait avec nous. Qu’on rie et il riait avec nous. Il faisait corps avec nous. Proche, si proche.
Il savait qu’il fallait parler. "Parle, parle, tu as besoin de parler" disait-il avec nous. Sa voix se mêlait à nos écho. Il savait que c’était tellement dur pour nous. Il en parlait beaucoup, de ce que nous vivions. A notre place, même parfois. Une victime, c’est si fragile, si instable, si sensible. Il le savait. Parfois mieux que nous.
Alors, par discrétion, pour faire parler, il envoyait des messages privés. Des MP, comme on dit pour faire court. C’est plus facile, à deux, comme dans un petit salon, loin du brouhaha du forum public. C’est plus intime. Il faisait parler.
Raconte-moi ton histoire. Raconte-moi comment ça s’est passé. Ho, tu étais si jeune. Mais tu étais déjà formée, tu ressemblais déjà à une femme, non ? Raconte-moi ce qu’ils ont fait. Tu as besoin de le raconter. Ils t’ont fait quoi ? Où ? Ha bon ? Et à ce moment-là, qu’as-tu ressenti ? Ca fait quoi d’être si jeune, devant des inconnus qui veulent te toucher ? Ca t’a fait quoi quand tu as été nue ? Et là, qu’est-ce qu’ils t’ont fait ? Ils t’ont pénétrée ? Ensemble ou à tour de rôle ? Et ils ont essayé de faire ça, aussi ? Dis-moi, ils ont réussi ?
Sur ce forum, la solidarité n’est pas un vain mot. Des mises en garde ont été postées. Dans un océan d’incrédulité. Quoi, notre si gentil papy ? Ho non, tu dois te tromper. Il a été maladroit, c’est tout. Il voulait juste faire parler. "Ho, je suis tellement désolé." Il était tellement désolé. Il a été si maladroit, oui oui, c’est ça, maladroit. Mais il ne nous en veut pas. Nous sommes tellement sensibles, tellement méfiantes. Après tout, nous sommes des Victimes, nous n’avons plus tout à fait notre discernement. Il nous pardonne. Il est tellement confus qu’on ait trouvé un message de lui sur l’érotomanie. Mais ho, ça n’a rien à voir. Généreusement, car il est toute générosité, il nous pardonne. Il nous rappelle qui il est. En pas moins de 400 lignes, à peu près. Il veut notre douleur, il veut la porter, et il sait ce qu’est la gentillesse pure, elle est toujours confrontée à l’ingratitude. Ho, les petites ingrates que nous sommes. Il en pleure derrière son écran. Oui, il pleure, car il est tellement sensible, c’est pour ça qu’il arrive à nous comprendre. Il accepte avec joie son rôle de martyr. Qu’on le conspue, qu’on le réprimande, qu’on trouve odieuse sa façon de soutirer des détails, et d’insister, encore et encore, quand on ne veut pas répondre, et qu’on lui demande pourquoi il élude toutes nos questions, allons-y gaiement, il est intouchable dans sa sainteté, ça lui fait mal, oui, mal comme Jésus sur sa croix, mais il sait qu’il fait le Bien.
Il recueille précieusement toutes les phrases gentilles qu’on lui a dites. Il s’en fait un petit coffret. Il les répète. « Aujourd’hui, on dirait que tu as la recette magique pour faire grandir le plaisir et la joie autour de toi. » a dit l’une d’elle, inspirée et aveuglée par tant de tendresse inattendue, alors il le répète, vite, pour que tout le monde sache à quel point c’est quelqu’un de bien. Il s’enroule dans tout le bien qu’on pense de lui, il le respire, il le mange, avec volupté, gourmandise, désir.
Mais c’est un homme de paix. Il n’aime pas les dissensions qui se jouent autour de lui, entre celles qui ont reçu des MP de sa part et celles qui en ont été exemptes. Alors, comme il est bon, il dit qu’il va partir. Il ne veut pas de ça. Notre bien-aimée modératrice ne l’a pas attendu. Elle l’a banni. Incompréhension, stupeur : lui qui offrait son départ comme il offrait tout, avec désintéressement, le voilà qui revient sur un autre pseudo. Non mais ho. On ne va pas lui piquer sa scène d’adieu aussi facilement. Il revient pour partir. Il le dit, le répète. D’après mes archives, c’était en 2008. Il est toujours là.
Je n’ai plus en tête les chiffres concernant les amnésies post traumatiques ou les troubles sévères de la mémoire suite à un viol. Cela concerne grosso-modo une bonne moitié des victimes. Une bonne moitié du forum. Il parle à toutes, mais les amnésiques, il ne leur envoie jamais de MP.
Doctissimo a mauvaise presse et à juste titre. C’est vraiment le dépotoir de l’humanité. C’est pour moi un précieux indicateur : si j’y traîne, c’est vraiment que je m’ennuie. Je déplace toujours l’ennui dans des lieux qui ne le méritent pas. Sauf ce forum. Parfaitement encadré, soumis à des règlements stricts et à la bienveillance des modératrices et animateurs qui en sont aussi des utilisateurs, c’est un lieu de parole, de libération et de réelles amitiés. On y voit des juristes et un agent de la police des moeurs qui nous renseigne, au cas par cas, sur nos droits et les démarches à suivre, moments pris sur son temps libre, et je le salue ici, car il n’a jamais eu l’idée d’écrire des pavés pour chanter sa gloire et ses bienfaits, allez savoir pourquoi.
C’est un forum que je recommande pour chacun, victimes, proches, conjoints, conjointes. Vraiment. Si vous y allez pour vous, que vous vous présentez en petite nouvelle, vous aurez l’accueil d’un gentil papy car il adore accueillir les petites nouvelles. Il s’appelle Kilucram. Si vous le croisez, saluez-le bien de ma part.
Tu ne m’en voudras pas si je reste tranquillement sur mon blog ?
Tu as bien raison , on est bien mieux chez soi ! xD
Voici l’histoire d’un petit garçon qui était très gentil, Mais gentil, Si gentil que c’en n’était pas croyable. Et en plus, il était poli, Mais poli, Si poli qu’on pouvait se demander s’il était honnête ; Mais il l’était. Pour ne rien gâcher, Il était sage ce petit garçon, Mais d’un sage, Un peu comme une image, Mais pas n’importe quelle image, Disons, comme une image du calendrier des postes. Le petit garçon de notre histoire, Disait merci à la dame Quand elle lui donnait un bonbon, Sans qu’on ait besoin de lui dire : « Dis merci à la dame », Non, Le petit garçon de notre histoire disait tout naturellement : « Merci Madame. » Et la dame était contente. Il mangeait toujours toute sa soupe, Même quand elle était horriblement mauvaise, (Et dieu sait si ça arrivait souvent) ; Et sans jamais mettre ses coudes sur la table. Le petit garçon de notre histoire Ne courait pas partout en hurlant Quand ses parents étaient invités chez des amis, Non, Ô que non, Il restait bien sagement assis Devant ses petits beurres. Même si l’après-midi durait des heures, Et des heures, Des heures à n’en plus finir pour un petit garçon normalement constitué, Non pas du tout, Lui, Le petit garçon de notre histoire, Il restait devant ses petits beurres, Bien sagement, (Et Dieu sait si les petits beurres peuvent être mous quand ils sont vieux,et Dieu sait également que ça arrivait souvent. Dieu sait énormément de choses en fait). Il est à peu près certain que le petit garçon de notre histoire N’a jamais fait de bêtises. Pour vous faire un petit résumé : Le petit garçon de notre histoire était si gentil que c’en était répugnant. Un tel petit garçon, Vous l’aurez aisément compris, Il est pratiquement impossible de le glisser dans la moindre histoire. Ce genre de petit garçon N’est juste bon qu’à vous faire perdre votre temps. Mais heureusement, Cette sorte de petit garçon n’existe pas ; Et ce n’est que justice.
Ah… Ce cher Kilu…
Je ne savais pas qu’il t’arrivait encore de fureter sur Docti!
Signé : une ancienne dont tu ne te souviendras peut-être pas mais qui avait envie de te passer le bonjour
Bien sûr que si je me souviens de toi !
Ca me fait plaisir d’avoir ta visite !
Je sous-marine encore, réponds rarement (plus l’énergie ) mais je n’oublie pas… Ni les mauvaises rencontres… ni les bonnes ^^
En même temps, on l’a assez dit et répété : on n’oublie pas, on vit avec (doctissimo)
Quoi qu’il en soit je tiens à te féliciter pour ce blog, certains articles m’ont tout simplement sciée… Tu as l’art du bon mot
Je découvre vos écrits avec bonheur et passion. Le titre du blog est vraiment bien trouvé et respecté à une nuance près : peu doivent se "foutre" de ces choses.
Si je suis venu trainer par ici, c’est encore en suivant les traces de la Marmotte (suivez mon regard). Depuis quelques temps, elle me réconcilie avec les écriveurs.
Bien, je vous demande pardon mais… je vais aller voir un peu plus loin, ouvrir d’autres de vos tiroirs laissés à la gourmandise de vos visiteurs.
Kilucram… kilucru ?
Un nom d’ogre qui mange les petites filles tout cru…
Même si ça fait un bail que je ne suis plus retourné sur docti, je continue de passer de temps en temps sur ton blog. Ça me réconforte, quelque part…
Petit bonjour d’un ami virtuel furtif.
petit papy ..y a pas d,âge pour les pervers
que d,heures gloussantes passées
doctissimo..hihi j,y suis déjà passée aussi
non Jef t’es pas tout seul ..dépotons ns lisses poires…